Emilie, Diane et Philippe ont la trentaine.

En 2014, ils se reconvertissent et ouvrent un café.

11 mois plus tard, en juillet 2015, le Coffee Spoune ouvre ses portes dans le 11ème arrondissement de Paris.

Voici le témoignage de leur changement de vie.

Bonjour à tous les trois ! Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter et nous dire quel était votre métier avant de vous reconvertir et d’ouvrir le Coffee Spoune ?

Emilie : J’ai travaillé une petite dizaine d’années dans la gestion de projets culturels et l’événementiel, principalement pour des associations.

Diane : J’étais historienne d’art en recherche d’emploi.

Philippe : j’étais graphiste dans les films d’animation, et j’ai toujours aimé la pâtisserie.

Vous êtes jeunes. Pourquoi avoir changé de métier très rapidement et quel a été le moment déclencheur de ce changement de vie ? 

Emilie : mon parcours est assez particulier. J’ai souvent changé d’employeur, j’ai eu des missions variées qui m’ont plu (enfin certaines), mais mon objectif était de pouvoir travailler dans un lieu culturel. Je n’ai pas eu cette opportunité, et malgré les aspects très intéressants de mon dernier boulot, je me suis lassée de la dimension ordi/réunions… Le déclencheur a ensuite été de se retrouver avec la même volonté de changement que Diane et Phil et l’envie commune d’avoir ce fameux lieu !

Diane : J’ai fait de très longues études après quoi je suis partie deux ans à Chicago. A mon retour j’avais envie d’autre chose, de créer quelque chose, de travailler dans un cadre plus humain tout en gardant un lien avec la culture.

Philippe : j’ai toujours voulu avoir mon lieu, un café où les gens pourraient refaire le monde. Après plus de 10 ans dans le graphisme, j’avais envie de changer, j’ai donc amorcé les choses. J’ai passé mon CAP pâtisserie en 2014, avant de partir sur un projet commun avec Diane et Emilie.

Aviez-vous une expérience dans le domaine de la restauration ou de la création d’entreprise ?

Emilie : pas du tout !

Diane : absolument pas.

Philippe : et non !

Dans le cadre de ce projet, avez-vous suivi une formation dans le domaine de la restauration, de la création d’entreprise ou gestion d’entreprise ?

Emilie : non, pas de formation spécifique, mais mon expérience en gestion de projet m’a facilité les choses.

Diane : non, à part le permis d’exploitation, une formation de trois jours obligatoire pour vendre de l’alcool qui en réalité est très instructif sur le métier global.

Philippe : Oui, j’ai passé mon CAP pâtisserie en 2014.

Avez-vous disposé d’un accompagnement pour monter votre entreprise ?

Emilie : on a fait appel à la BGE (réseau national d’appui aux entrepreneurs) pour nous accompagner. Cela nous a permis de pouvoir consulter une juriste, ou encore d’avoir un retour sur notre business plan.

Cet accompagnement est resté cependant mineur. Finalement, notre entourage nous a été plus efficace.

Et puis, d’être trois à découvrir et avancer ensemble facilite les choses. On se sent moins perdu face aux complexités administratives qu’on a à résoudre.

Si vous aviez un emploi avant de monter le projet, avez-vous négocié une rupture conventionnelle ? 

Emilie : oui, j’étais en CDI, et j’ai pu en bénéficier.

Diane : non, j’étais en recherche d’emploi.

Philippe : non, j’étais intermittent.

Comment avez-vous financé le café ? Est-il facile d’obtenir un prêt d’une banque ? Est-ce complexe de monter un dossier de financement avec business plan ?

Emilie : nous avons monté notre plan de financement avec un apport de notre part à hauteur de 60% du montant total, et on a trouvé une banque pour nous prêter les 40% restants.

Nous avons consulté plusieurs banques qui nous ont fait comprendre que ce n’était pas évident car nous n’avions aucune expérience dans la restauration et que le prêt n’était pas forcément possible. Finalement, on a rencontré la banque CIC qui a très vite mis en place le prêt.

Il nous a fallu trois mois pour monter le business plan. Comme dit plus haut, on a pu se faire aider sur la partie financière. L’exercice est important et intéressant, c’est là qu’on découvre le secteur et surtout qu’on se pose toutes les questions indispensables à la définition de notre projet.

Coffee Spoune 1
Copyright – Coffee Spoune

Au total, combien de temps a été nécessaire entre l’idée du projet et sa réalisation et qu’est-ce qui prend le plus de temps ?

Emilie : Il nous a fallu 11 mois dont 3 mois d’étude de marché, 2 mois de recherche de prêt et de local, 2 mois de travaux et de d’installation, et tout le reste de l’attente et gestion administrative.

Y a -t- il des activités dont vous vous êtes occupés vous même ou avez-vous pris des professionnels ?

Emilie : pour le local, on a travaillé avec des architectes et une entreprise de travaux. On a pris en charge la partie déco, mobilier, etc.

Avez-vous utilisé une stratégie de communication pour le lancement de votre café ? 

Emilie : on a essentiellement axé notre communication sur les réseaux sociaux, Facebook et Instagram. On a découvert ce dernier média, qui est plutôt efficace pour un café comme le notre qui est plutôt photogénique.

On a fait aussi un peu de RP, en contactant des blogueurs. Enfin, par réseau, on a pu toucher des médias intéressants.

Il est plus facile de procéder à un changement quand on est plusieurs. Mais tout projet de ce type peut être stressant à gérer. Avez-vous eu à gérer des tensions entre vous et comment avez vous surmonté ces tensions ?

Emilie : Forcément, il peut y avoir quelques tensions. Il y en a eu dans les moments un peu compliqués du projet, mais on a aussi appris à mieux se connaitre dans le travail, à connaître les stress et angoisses de chacun, et aujourd’hui ça fonctionne bien ! Ce qui crée des tensions est souvent aussi ce qui fait l’équilibre de notre équipe.

Diane : Nous avons des personnalités bien différentes mais nous avons tous les trois des caractères faciles. Donc quelques moments de stress mais peu de tensions entre nous puisque nous prenons a cœur de bien communiquer entre nous et de rester à l’écoute de chacun.

Comment vous répartissez-vous les activités du café ?

Emilie : l’idée est qu’on puisse tous les trois tout faire, qu’il n’y ait pas un cuisiner dont l’absence serait préjudiciable pour le café.

Bien sûr, on a ensuite quelques responsabilités propres (compta, communication, etc.) et des affinités sur telle ou telle fonction.

Quelles sont les activités inhérentes à la gestion de votre café que vous préférez et celles que vous aimez le moins ?

Emilie : j’aime beaucoup faire les cafés, l’accueil et le service. La cuisine aussi, mais sûrement moins que d’autres. Et tout ce qu’il a autour de l’activité même de restauration : événements, exposition, communication, etc. C’est un aspect incontournable de notre projet.

Diane : on se rend compte à quel point on est complémentaires : de mon côté je préfère faire la cuisine, les jus, tester de nouvelles recettes. Un des aspects du métier que je trouve aussi très enrichissant est de créer un lien avec le client. En ce qui concerne les activités moins fun : le ménage bien sûr !

Philippe : ce que j’aime le moins ? La vaisselle bien sûr ! Et le plus, les cafés et surtout les latte et cappuccino.

Les jours et horaires d’ouverture d’un café peuvent être contraignants. Quels sont les votres ? Si vous bossez plus qu’avant, avez-vous l’impression de bosser plus ou est-ce que le plaisir d’avoir votre propre affaire compense les horaires ?

Emilie : on est ouvert de 8h à 18h en semaine (donc 7h 19h pour nous) et de 10h à 19h le week-end. Je travaille plus, bien sûr, mais ces contraintes horaires, mêmes fortes (surtout le matin, le week-end), sont vite compensées par le plaisir de ce travail.

Diane : Il arrive souvent que nous fassions des journées de 12h. C’est beaucoup de travail bien sûr mais nous ne comptons pas nos heures.

Philippe : ou bien sûr, ça compense.

Vous disposez d’une page Facebook, d’une page Instagram mais pas de site web. Est-ce intentionnel ? 

Emilie : le site web nous a semblé moins indispensable que les réseaux sociaux qui sont très adaptés pour un café.

Au-delà de l’information, cela permet une forte interactivité. Et de fait, notre menu varie énormément : toutes les semaines pour le salé et tous les jours pour le sucré.

Quelle a été la réaction de vos collègues, amis et de votre famille quand vous leur avez annoncé que vous alliez quitter votre boulot pour ouvrir un café ? Et est-ce que leur support a été important dans la réussite de votre projet ?

Emilie : globalement, mon entourage m’a beaucoup encouragé et soutenu. Les gens étaient enthousiastes.

Diane : de la surprise au début compte tenu de mes longues études d’histoire de l’art ! mais beaucoup d’encouragements et de soutien par la suite.

Philippe : les gens ont très bien réagi et m’ont soutenu.

Une question très importante… d’où vient le nom du café ? 

Emilie : on voulait un nom qui se retienne facilement, qui évoque ce qu’on fait : Spoune évoque bien sûr Spoon, donc cuillère à café, à gâteau. Et on souhaitait un peu franciser le concept du coffee shop, plutôt anglo-saxon. Et enfin, c’est un des rares noms qui a emporté l’unanimité de nos votes.

Coffee Spoune
Copyright – Coffee Spoune

Que vous a apporté ce projet ? Y a -t- il certains aspects positifs que vous ne soupçonniez pas ? Avez-vous appris à mieux vous connaître à travers ce projet ?

Emilie : ça apprend beaucoup sur soi-même, c’est sur ! La gestion du stress, le travail en équipe, etc. Ca révele des choses positives, comme négatives… mais le but est d’apprendre à gérer tout ça.

Diane : Ce projet permet de faire une grande variété d’activités et permet de progresser chaque jour. On apprend aussi beaucoup sur soi c’est évident et ce qui en ressort est plutôt positif à mon avis !

Philippe : oui, ça apprend et apporte beaucoup !

Cela fait 3 mois que vous avez ouvert votre café. Êtes-vous heureux de ce changement et pensez-vous un jour revenir à votre activité précédente ?

Emilie : très heureuse ! Et pour l’instant, je ne reviendrai pour rien au monde à mon ancienne activité !

Diane : oui, c’est très épanouissant !

Si vous deviez revenir un an en arrière et vous lancer à nouveau dans ce projet, vous y prendriez vous de la même manière ou changeriez-vous certaines choses ?

Emilie : c’est difficile de prendre du recul dès maintenant, mais il y a sûrement des choses qu’on aurait pu mieux faire. Ca reste très matériel : plus d’étagères dans la cuisine par exemple.

Diane : peut-être se renseigner un peu plus sur l’aspect administratif afin de gagner du temps.

Pour finir, quels conseils donneriez-vous à nos lecteurs qui souhaiteraient se reconvertir et ouvrir leur café, comme vous l’avez fait ?

Emilie : ce qui a grandement participé à notre réussite, c’est la motivation liée au travail en équipe. C’est très riche et stimulant ! Il faut y mettre de soi-même, bien regarder ce qui se fait dans le même domaine…

Diane : bien choisir ses associés ! ne pas compter ses heures, ne pas hésiter à demander conseil et prendre en compte toutes les remarques et critiques.

Emilie, Diane et Philippe, merci d’avoir répondu à nos questions !

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Si vous habitez à Paris, voici les coordonnées du Coffee Spoune :

36 Rue Saint-Sébastien, 75011 Paris. Tél : 01 43 55 37 20.

Et voici les pages de leurs réseaux sociaux :

Facebook Coffee Spoune : https://www.facebook.com/coffeespoune/

Instagram Coffee Spoune : https://instagram.com/coffeespoune

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Interview réalisée par Sandrino

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