Grégoire Chevignard est un quadra lambda, père de famille qui a découvert, sur le tard, un intérêt pour la course à pied.

Dans son livre « De son canapé à la course la plus dure du monde », il raconte comment il en est venu à courir le Marathon des Sables, une course de 250 km dans le Sahara où l’on porte sa nourriture, change et couchage pendant 6 jours !

En dehors de l’exploit sportif, j’ai particulièrement apprécié sa manière de voir la vie et d’aborder les objectifs de manière positive.

Je me devais donc de l’interviewer afin de vous permettre d’apprécier sa philosophie de vie.

Il a accepté ma proposition. Je suis donc heureux de le recevoir aujourd’hui !

Interview de Grégoire Chevignard à propos de son livre « De son canapé à la course la plus dure du monde »

Bonjour Grégoire ! Tout d’abord, pourrais-tu te présenter et nous expliquer ce que tu as accompli ces dernières années ?

Je suis marié et père de famille (deux garçons et une fille) et, au-delà de ces responsabilités familiales, j’ai consacré la plupart de mon temps au travail (je suis financier et juriste de formation) et à la lecture.

Très peu de sport dans ma vie, jusqu’à ce que, le cap de la quarantaine passé, je m’achète une paire de baskets et me mette à courir pour, dix-huit mois après mes débuts participer au Marathon des Sables (250km dans le Sahara en portant sac de couchage, vêtements, nourriture, etc, etc) puis à des courses plus longues et montagneuses.

Qu’est-ce qui t’a poussé à débuter la course à pied ? Pourquoi avoir commencé si tard ? Avais-tu un objectif précis en tête ou as-tu commencé par hasard ?

C’est par hasard que j’ai commencé la course à pied : un de mes trois frères nous a offert un dossard à Noël ; il voulait certainement nous démontrer qu’étant le plus jeune, il était le seul à être encore en forme.

Quand j’ai débuté, mon seul objectif était donc de ne pas terminer dernier de la fratrie !

Sans ce cadeau de Noël inattendu, il est probable que je n’aurais pas changé mon mode de vie sédentaire.

Pratiquais-tu un sport avant de te mettre à la course à pied ? 

Etant adolescent je m’étais inscrit à l’équipe d’athlétisme au collège. Mais j’étais tellement peu doué que le professeur m’avait inscrit exclusivement à la course de haies -la course qui ressemble le moins à de la course- et au triple saut -le saut qui ressemble le moins à du saut.

J’ai pratiqué un peu de baseball jusqu’à la fin du lycée avant d’abandonner le sport presque totalement, à l’exception de deux ans de squash avec un ami et deux ans de karaté, juste pour voir.

Et je ne lis pas l’Equipe et ne regarde pas Stade 2. Bref, je n’avais véritablement pas le profil d’un sportif, même pas dans mon canapé.

Gregoire Chevignard

Lorsque j’ai lu ton histoire, la première pensée qui m’est venu à l’esprit, c’est que l’on ne connaît pas nos limites. Est-ce que tu pensais te connaître avant de te lancer dans ce défi ? Et est-ce que tu te connais mieux maintenant ?

J’ai toujours été convaincu que si on se mettait à quelque chose, de manière suivie et sérieuse -mais pas nécessairement assidue et obsessionnelle- on pouvait obtenir des résultats.

Pas champion du monde de natation ou grand maître aux échecs ou pianiste virtuose, mais des résultats honorables.

Je n’ai donc jamais été un grand fan de la notion de « limites » au sens où quand quelqu’un me parle de quelque chose qui sort de l’ordinaire, là où la majorité réagit en demandant « pourquoi ? », j’ai plutôt tendance à me dire « et pourquoi pas ? ».

Ceci étant, je n’avais jamais confronté cette conviction à la réalité … et c’est désormais chose faite.

Bref, j’ai découvert que nos limites ne sont souvent que la traduction de notre incapacité à rêver, imaginer et nous mobiliser.

Chose nouvelle pour moi, j’ai découvert, aussi, que modestie et humilité étaient essentiels pour aborder des défis : se dire immédiatement qu’on va gravir l’Everest alors qu’on ne parvient pas à marcher 5km, c’est courir à l’échec : l’objectif est hors de portée et le restera longtemps.

En revanche, se dire que pour parvenir à gravir l’Everest dans trois ans, on va apprendre à marcher dix heures en moyenne montagne d’ici six mois (humilité), ça fonctionne !

En deux mots comme en mille, je ne crois pas avoir beaucoup évolué dans ma connaissance de moi. En revanche, j’hésite moins à me lancer dans des projets a priori hors de portée.

Dans un de tes écrits, tu indiques ignorer ce qu’est l’humilité. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet ? 

Souvent, l’humilité est une forme de fatalisme ou défaitisme qui se traduit par des pensées limitantes telles que « ce n’est pas pour moi », « je n’y arriverai jamais », « de toute façon j’abandonnerai en cours de route », etc, etc.

Il faut avoir l’arrogance de rêver grand ; et une fois qu’on a rêvé, tout devient (un peu plus) facile, il ne reste plus qu’à régler des détails.

Vous courrez de temps en temps et le marathon vous paraît inaccessible ? Il faut prendre le problème à l’envers : si vous rêvez -tout en ayant peur de vous lancer- de courir un marathon, imaginez que la décision de courir un marathon dans quatre mois a déjà été prise pour vous.

Il ne vous reste plus qu’à vous renseigner sur comment faire. Et là, vous vous apercevez qu’il existe des plans d’entraînement simples (par exemple https://my.asics.com/fr/fr-fr) qui requièrent de courir trois fois par semaine. Jusque là, ça reste faisable.

Et si vous regardez bien ces plans, vous vous apercevez que les distances à courir la première semaine sont inférieures à ce que vous avez l’habitude de faire. Jusque là tout va bien.

Et là vous regardez la fin du plan et vous vous dites « Halte, c’est trop, je n’y arriverai jamais ! »

C’est là qu’il faut comprendre qu’on ne vous demande pas aujourd’hui, de courir comme vous en serez capable dans trois ou quatre mois. On vous demande, juste, de courir demain une distance habituelle. Et ça, c’est faisable. Donc faites le sans vous interroger sur demain, après-demain et la semaine prochaine.

Et chaque fois que vous aurez achevé une séance d’entraînement, ne fixez pas l’horizon, l’objectif lointain, vous allez de nouveau avoir peur. Félicitez vous d’être parvenu à réaliser la séance du jour et regardez quand est la prochaine. Et ainsi, pas à pas, vous passerez la ligne d’arrivée du marathon.

Arrogance dans la fixation de l’objectif, humilité dans l’entraînement et la progression.

Gregoire Chevignard

Certains sportifs se mettent beaucoup de pression dans leurs objectifs à atteindre. Peux-tu nous indiquer comment tu gères le stress de cette pression ? 

Le stress transforme ce qui devrait être un loisir et un moment de plaisir ou de fierté en une épreuve. C’est pourquoi je cherche à l’éviter.

Et pour ce faire, j’ai adopté une méthode iconoclaste : je me fixe des objectifs a priori hors de portée. Cela signifie que je me fixe des objectifs que je suis incapable d’atteindre au moment où je me les fixe.

Par exemple, me dire que je me fixe comme objectif de courir 20km alors que je sais déjà en courir 10, n’est pas hors de portée : je sais que c’est possible. En revanche, un marathon …

L’intérêt de cette approche est que je ne peux qu’être satisfait du résultat : soit je n’atteins pas mon objectif « inatteignable » mais j’ai beaucoup progressé pendant ma préparation et je peux me retourner avec fierté sur le chemin parcouru, soit j’atteins mon objectif et … j’en suis fier.

« L’utopie est à l’horizon. Je m’approche de deux pas, elle s’éloigne de deux pas. J’avance de dix pas et l’horizon s’éloigne de dix pas. Mais alors, à quoi sert l’utopie ? Elle sert à ça, à marcher » Fernando Birri

A dire vrai, j’ai un peu « perfectionné » le système. A l’approche de la date de mon premier marathon, je sentais que l’objectif était à portée de main et ne pouvais cesser d’y penser et, donc, de me générer du stress.

Pour distraire mon esprit de ce marathon, je me suis inscrit à une course de 105 km qui aurait lieu six semaines après le marathon. Autant dire que je n’avais aucune idée de comment parcourir cette distance à pied alors que même à vélo, j’en étais incapable.

Cela m’a suffisamment préoccupé pour que le marathon me sorte de la tête jusqu’au jour du départ.

Tu indiques d’ailleurs qu’il ne faut pas faire preuve de volonté. De quoi faut-il faire preuve pour réussir ce type de défi ?

On imagine souvent la volonté comme la qualité qui permet, malgré une entorse, de se relever et terminer une course en montagne.

Mais là, on est dans l’exceptionnel, voire idiot pour une activité de loisir. La réalisation d’un défi, c’est beaucoup moins glamour que ça ; c’est l’enchaînement d’entraînements et préparations. Cela fait plutôt appel à la persévérance : rien de grandiloquent, rien de surhumain, juste la mise en place d’une habitude et le tour est joué.

« Sème un acte, tu récolteras une habitude ; sème une habitude, tu récolteras un caractère ; sème un caractère, tu récolteras une destinée ». Dalaï Lama

Pourquoi as-tu décidé d’écrire un livre sur ton parcours ?

Initialement, j’ai créé un blog qui me permette d’échanger avec mes frères qui se sont, eux aussi, entraînés pour le marathon mais que je ne voyais que rarement.

Quand j’ai poursuivi la course à pied, au-delà du marathon, l’audience du blog s’est élargie au-delà du cercle familial mais, surtout, je me suis retrouvé à répondre toujours aux mêmes questions dans les diners en ville.

A quoi pense t on quand on court des heures ? Pourquoi cours tu ? Peut-on vraiment courir 24h sans s’arrêter pour dormir ? Que fuis tu quand tu cours ?

Je me suis dit que plutôt que de ressasser les mêmes explications et anecdotes, et être toujours interrompu par quelqu’un qui connaît un médecin qui lui a dit que je me précipitais vers la crise cardiaque ou, à tout le moins, vers une opération des genoux et hanches, j’allais les écrire pour les partager avec ceux qui voudraient bien se lancer mais hésitent, surtout s’ils connaissent quelqu’un qui connaît un médecin qui lui a dit que …

Quel est ton prochain projet « de fou » ?

J’hésite. Je peux soit faire plus long, plus dur en course à pied. Le projet paraîtra fou de l’extérieur mais, en mon for intérieur, je saurai que ce n’est qu’un approfondissement de ce que je fais, pas une véritable remise en question avec un apprentissage d’une nouvelle discipline.

Je peux aussi envisager de traverser la Manche à la nage, alors qu’il y a un an je ne savais pas nager le crawl. Mais après avoir étudié la question, je me suis aperçu que plus d’hommes avaient voyagé dans l’espace que de nageurs n’avaient réussi cette traversée. Je me dis donc qu’apprentissage, entraînement et persévérance ne sont peut-être pas suffisants pour y parvenir.

Enfin, on m’a parlé d’une traversée de l’Atlantique à la rame qui s’effectue tous les deux ans. Je n’ai jamais ramé de ma vie ; peut-être est-il temps de m’y mettre ?

Je me déciderai mi-septembre, une fois la course que je prépare actuellement (290km autour du Mont Blanc) terminée et digérée.

Est-ce que tu aurais un ou des conseils à adresser à nos lecteurs qui doutent de leurs capacités et ont du mal à se bouger pour accomplir leurs rêves ?

Déjà, s’ils ont un rêve, ils sont sur la bonne voie !

Pour se lancer, il leur faut se préparer un plan d’action modeste et humble afin qu’ils puissent le suivre dans la durée.

Ensuite, qu’ils en parlent autour d’eux : comme ça, les jours où auront moins envie de réaliser leur séance de travail du jour, ils la feront quand même pour ne pas déchoir aux yeux de leurs proches.

Enfin, qu’ils gardent à l’esprit qu’ils ont des limites, comme tout le monde. Mais qu’un travail régulier repoussera ces limites, tous les jours un peu plus.

Ils sont incapables de réaliser leur rêve ? C’est normal, sinon ce ne serait pas un rêve.
Mais avec de la persévérance, ils s’en approcheront de plus en plus.

Grégoire, je te remercie pour tes réponses. J’espère que nos lectrices et lecteurs s’inspireront de ton histoire pour se lancer à leur tour dans des défis audacieux !

Note : le livre de Grégoire est disponible sous format papier et kindle sur Amazon (http://amzn.to/2reivWA)

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