cherchez ce que vous aimez faire
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Il y a plusieurs choses dans la vie que j’adore faire…

Mais mon rapport à la musique a quelque chose en plus.

Je peux chercher des chansons sur Spotify jusqu’à 5 heure du mat sans m’en rendre compte. J’ai dévoré les biographies de Miles Davis ou Thelonious Monk en une nuit.

J’ai appris la guitare sur le tard à 18 ans, mais vers 8 ans j’essayais de reproduire la musique du « Professionnel » ou de Jean-Michel Jarre sur mon clavier Bontempi.

J’ai séché pendant des mois entiers les cours de la fac pour me faire les dents avec la gratte électrique et le piano qui trainaient chez mon oncle.

Et surtout, j’ai passé toute mon enfance à écouter de la musique religieusement sur mon petit poste à cassette. Avec la bibliothèque municipale, c’est ce qui m’a sauvé de l’ennui pendant les mois d’été ou mes potes étaient tous partis.

J’aurais bien voulu moi aussi passer mes vacances à la campagne chez mes grand parents. Seulement les miens dormaient dans la chambre d’à côté.

J’étais jaloux des autres enfants.

À chaque rentrée, lors de la traditionnelle rédaction sur le thème « racontez-nous vos vacances », ils avaient plein de choses à dire. Ils avaient les yeux qui brillaient…

Moi, j’avais honte d’écrire que mes journées, je les passais couché sur la moquette à écouter la radio ou lire les comptes de Perrault et les Chevalier de la table ronde.

Alors j’inventais des grand-mères dans le Sud.

Évidemment, je n’ai pas de souvenirs d’enfance inoubliables de cette époque. Je me rappelle simplement du papier-peint vintage, de la moquette grise et rugueuse qui me grattait le menton, de la chaleur moite et du bruit du vent qui soufflait à travers la fenêtre.

C’est bien plus tard que j’ai réalisé que ces années un peu austères m’ont apporté quelque chose d’inestimable : une passion.

Lorsqu’on pratique de façon intensive et régulière une activité, on finit par devenir bon.

J’étais passé maitre dans l’art d’écouter la musique. Et surtout j’étais devenu bon dans l’art d’apprécier la musique.

Je pouvais en apprécier toutes les formes, toutes les subtilités. Je peux distinguer tous les instruments les uns des autres. Je peux être complètement transporté par les paroles.

Je peux être ému jusqu’à en pleurer toutes les larmes de mon corps. Je peux entrer dans une transe qui me faire perdre la notion du temps et de l’espace.

Et la bonne nouvelle c’est que cette passion et ce savoir-faire se développe et s’enrichit avec les années.

Ma passion pour la musique m’a peu à peu amené à jouer dans des groupes, à composer de la musique, à donner des concerts, puis à écrire des chansons.

C’est aussi grâce à la musique que j’ai rencontré mes meilleurs amis. Pas juste des amis par défaut, mais des personnes en qui je me retrouve totalement.

C’est ainsi que j’ai découvert qu’il existait trois types de personnalités : il y a ceux qui traversent la vie comme s’il étaient dans une escale à l’aéroport, ceux qui cultivent une passion et ceux qui vivent avec le frein à main.

Je passe rapidement sur la première catégorie. Ce sont ceux qui vous parlent tout en regardant leur portable. Ceux qui croient ce que disent les sondages. Ceux qui accordent trop d’importance aux statistiques. Ceux qui ont arrêté d’apprendre une fois leurs études terminées.

En revanche, les gens qui ont une véritable passion sont comme ceux qui cultivent un jardin.

Là où les autres ne voient que terres en jachère, ils imaginent les graines en train de germer. Quand les uns se plaisent à voir l’herbe plus verte chez le voisin, le passionné coupe, arrose, fait des boutures, enlève les vieilles herbes.

Quand les uns se plaignent de la pluie ou de la chaleur, le passionné est confiant que chaque manifestation de la nature est appropriée. Pour lui, une plante est belle et parfaite à chaque instant de son évolution.

Le passionné n’est pas obsédé par le résultat final de son travail, il tire son plaisir du travail lui-même. Il s’accomplit dans l’action.

Ceux de la dernière catégorie – les gens qui vivent avec le frein à main – ont peur de s’engager.

Ils ont peur de perdre leur temps, peur de ne pas miser sur le bon cheval. Ils font du sport pour rester en bonne santé. Ils vont au cinéma pour se divertir. Ils voyagent pour pouvoir montrer leurs photos ou leur bronzage au retour.

Ils veulent rentabiliser leur temps et ne participent à une activité que s’ils y voient des bénéfices concrets et mesurables. Ils pensent en terme de retour sur investissement.

Hors une passion n’offre aucune autre récompense que celle de pouvoir la vivre.

À vrai dire, nous avons tous en nous ces trois traits de caractères, ces trois manières de penser. Mais c’est de la responsabilité de chacun de vivre en restant indifférent, de vivre avec le frein à main ou à l’inverse de vivre en cultivant une passion.

Car il s’agit bien là d’un choix.

Une passion nait du hasard, de la curiosité, et d’un certain environnement social, mais pour se développer dans le temps, une passion a besoin de votre protection.

Vous devrez la protéger des autres, ceux qui vous diront que c’est une perte de temps d’apprendre la guitare à 20 ans.

Vous devrez vous protéger de vos amis et refuser d’aller prendre un verre pour finir un chapitre de votre prochain livre.

Vous devrez vous battre contre vous-même pour ne pas regarder le match de foot ou le dernier épisode de « Game of Thrones« .

Mais surtout, vous devrez donner une chance à cette passion de se manifester.

Pour nombre d’entre nous, il suffit de se replonger dans son enfance. En fouillant dans votre grenier, votre cave ou vos souvenirs, il y a des chance de tomber sur ces dessins, ces bricolages ou ce vieux cahier de notes.

Pour les plus vieux d’entre vous, vous tomberez peut-être sur ces Polaroïds jaunis ou ce film en Super 8 de votre premier spectacle de danse.

Depuis combien de temps n’avez-vous pas créé, inventé ou fabriqué quelque chose de vos propres mains ?

Bien sur c’était différent, c’était l’époque de l’enfance et de l’insouciance. Aujourd’hui vous avez des responsabilités et un emploi du temps surchargé. Vous avez une carrière à mener, des rendez-vous importants ou un lave-vaisselle à remplacer.

Mais si vous n’arrivez pas à bloquer ne serait-ce qu’une heure par semaine pour des activités qui vous tiennent à coeur, imaginez ce que vous trouverez dans votre cave (ou votre disque dur) dans 15 ans ?

Des factures, des modes d’emplois, des bulletins de salaire, des selfies, des tonnes de vêtements et d’objets inutiles qui vous rappelleront que vous avez juste fonctionné, juste consommé et juste consumé…

Hong

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